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Pourquoi les femmes ne posent pas de questions dans les conférences (et comment faire en sorte qu’elles le fassent)

Pourquoi les femmes ne posent pas de questions dans les conférences (et comment faire en sorte qu’elles le fassent)

Conférence

Avez-vous déjà remarqué ce phénomène qui veut qu’en très grande majorité, ce soit les hommes qui posent les questions à la fin des panels? On ne parle de femmes qui se font interrompre, mais bien de femmes qui ne prennent pas la parole.

Dans ma vie professionnelle, j’ai la grande chance d’être régulièrement invitée à modérer des panels ou participer à des conférences liés à la technologie. Mon rôle est de m’assurer de poser les bonnes questions aux panélistes afin que leur expertise soit mise de l’avant, ainsi qu’offrir une expérience enrichissante au public. Le déroulement d’un panel est plutôt standard. Il s’agit souvent de 45 minutes, ou une heure de discussion, entre les panélistes, suivi de 15 minutes de questions du public.

Les hommes posent plus souvent des questions que les femmes

À chaque fois que vient le temps d’ouvrir les questions au public, que je sois celle qui modère la soirée ou une simple participante, c’est immanquable: les hommes poseront plein de questions et les femmes n’en poseront quasiment aucune. Il ne s’agit pas là de mon impression subjective. La science s’est penchée sur la question. Des chercheuses de différentes universités ont découvert, suite à une enquête menée auprès de plus de 600 universitaires dans 20 pays, que les femmes déclarent poser moins de questions après les séminaires que les hommes. Cette impression a été confirmée par les données d’observation de près de 250 séminaires dans 10 pays. Il semblerait que les hommes ont tendance à poser 2,5 fois plus de questions que les hommes lors de conférences, selon un article de The Economist.

Pourquoi est-ce un problème?

On parle beaucoup de l’importance de la représentativité en STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématique) et en recherche, afin de combler l’écart des genres. On veut plus de femmes et de personnes issues de la diversité qui participent à façonner notre industrie. Mais cette représentativité n’aurait pas de valeur sans participation et engagement. Voilà pourquoi il est tant important que les femmes posent des questions lors de panels et conférences.

Lorsque l’audience est mixte et qu’aucune femme ne pose de question, cela renvoie inconsciemment l’idée qu’aucune femme n’est pas intéressée par la thématique, ou pire encore, qu’aucune femme ne l’a comprise suffisamment bien pour pousser la discussion plus loin. Car, ne nous voilons pas la face, les panels et conférences servent également à ça: faire valoir son expertise auprès de ses paires.

Solutions observées pour plus de participation féminine dans les conférences

Je tiens à préciser qu’il est évident que les hommes ne sont pas pas à blâmer pour leur entrain à poser des questions lors de conférences. Il s’agit plutôt de se questionner sur comment faire en sorte que tout le monde pose des questions. Parce que les femmes veulent en poser. Une étude de Nature rapporte que les femmes expliquent avoir garder le silence hommes parce qu’elles ne savent pas si leur question est appropriée, ou parce qu’elles ne se sentent pas assez de «culot» pour la poser.

J’ai été panéliste lors du Symposium annuel de physique pour un avenir en recherche et en industrie (SAPHARI), organisé par les étudiant.es de l’Université de Montréal, au début du mois de mars 2020. Lorsque la période de questions s’est ouverte, des questions très pertinentes et intéressées ont été posées. Le hic? Elles ont juste été posées par des hommes. Après la troisième question, la modératrice, Marie-Ève Naud, a alors annoncé que nous allions prendre quelques secondes avant de donner la parole à la prochaine question, laissant ainsi le temps aux personnes qui n’ont pas encore oser parler, de préparer leurs questions. Et là, des mains de femmes se sont levées.

L’organisation NousSommesCyber qui s’occupe de stimuler l’intérêt des femmes pour les carrières en cybersécurité, organise des panels chaque mois autour de cette thématique. La formule de leurs panels ressemble à tous les autres panels en technologie, à un détail près: il n’y a pas de période de questions/réponses entre les panélistes et le public. Il y a en revanche un cocktail-réseautage qui permet l’échange entre tous.tes les participant.es. C’est une formule qui donne la chance à tout le monde de pouvoir discuter et non à seulement deux ou trois personnes, pendant que les autres attendent leur tour. Si on est trop timide pour poser une question devant tout le monde, on peut au moins la poser en face à face.

Une autre solution mise en place par certain.es modérateur.rice est de demander spécifiquement aux femmes de poser des questions. Je ne suis pas pour cette tactique. Je trouve que cela met une pression supplémentaire aux femmes de trouver une question à poser, là où elles n’en ont peut-être pas envie. De plus, comme elles sont très probablement déjà en minorité dans la salle, comme c’est souvent le cas en STEM, cela ne fait qu’accentuer le sentiment d’être différente de la majorité.

Un article du site d’Oxfam rapporte une idée intéressante. Un modérateur raconte qu’avant de commencer le panel, il annonce qu’une période de questions/réponses aura lieu et qu’il les prendra dans l’ordre de «femme-homme-femme-homme». Cela permet à l’audience de se préparer mentalement et de ne pas être mise devant le fait accompli.

Les chercheuses qui ont mené l’étude mentionnée ci-dessus, offrent plusieurs autres pistes de solutions:

  • Encourager les organisateurs d’évènements à ne pas négliger d’inviter des orateurs.rices internes à l’organisation. La recherche a révélé que les femmes avaient tendance à plus participer lorsque la.le conférencier.ère était connue.
  • Augmenter le nombre de questions autorisées augmente la proportion de questions posées par les femmes.
  • Garder les questions et les réponses courtes permet de poser plus de questions et pourrait être une méthode alternative pour permettre une plus grande proportion de questions de la part des femmes.
  • Donner la priorité à une femme pour la première question posée. En effet, une question posée en premier lieu par une femme est un bon indicateur d’une faible disparité entre les genres et un environnement bienveillant qui favorisera la prise de parole féminine.

Enfin, je vous relaie les conseils de Louise Lafortune, professeure émérite à l’Université du Québec à Trois-Rivières, chercheure, auteure et consultante en éducation et en santé qu’elle met en place elle-même dans sa vie professionnelle:… et comment faire en sorte qu’elles le fassent.

  • Poser une question et annoncer qu’on laisse quelques secondes à l’audience pour penser à une réponse
  • Encourager en demandant «Qui s’intéresse à tel sujet…?»
  • Utiliser le même vocabulaire que les personnes utilisent afin de rester dans le même registre et ne pas créer de distance entre l’audience et les expert.es
  • Raconter son propre stress vis à vis de l’expression d’une idée devant un parterre d’inconnus. Surtout si on sait qu’il pourrait y avoir des personnes qui sont en désaccord
  • Faire attention à l’utilisation de «c’est une bonne question» ou «c’est une question intéressante», cela pourrait indiquer que les autres questions ne le sont pas
  • Si quelqu’un de l’audience dit «c’est peut-être une question bête mais…», nous devrions peut-être nous remettre en question en tant qu’animatrice.eur. Peut-être n’avons-nous pas su créer un climat inclusif afin que l’audience se sente à l’aise de poser n’importe quelle question. On peut rattraper le coup avec la phrase: «Toutes les questions sont les bienvenues».
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