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Est-ce que ça se dit «senior» pour parler d’un travailleur plus âgé ?


travailleur âgé

Photo de Gabriella Clare Marino sur Unsplash 

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Note : Seul le titre de cet article utilise le masculin pour des raisons d’optimisation pour les moteurs de recherche (SEO). 

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Est-ce que ça se dit «senior» pour parler d’un travailleur plus âgé? 

On vit une époque unique! D’une part, on a jamais eu autant de personnes âgées de 65 ans et plus, à l’emploi, au Québec, toutes générations confondues; et d’autre part, à l’heure actuelle, on retrouve quatre générations qui coexistent ensemble dans le milieu du travail: les Baby Boomers, la génération X, la génération Y (ou appelée «millénariaux») et enfin la génération Z. Alors qu’on se retrouve avec un grand nombre de travailleurs et de travailleuses plus expérimentées, mais également plus âgées, on nous a posé la question suivante: «Quel terme est le plus respectueux de cette catégorie de personne? Senior, aînée, âgée, expérimentée?» Décortiquons les pours et les contres de chacun!

Utilisation de «senior» dans les titres d’emploi : Un enjeu de langue française

Dans le domaine des technologies, mais également de la finance, on utilise couramment le terme senior pour désigner les travailleur·euses expérimenté·es. C’est tellement ancré dans la culture du travail de certaines industries que bon nombre d’intitulés de postes incluent explicitement le terme: analyse senior, développeuse senior, etc. 

Dans ce cas-ci, on n’utilise pas le terme senior pour souligner l’âge de la personne, mais plutôt ses années d’expérience dans le domaine. Bien sûr, généralement, l’un ne va pas sans l’autre, mais un·e employé·e senior pourrait tout aussi bien avoir 40 ans que 65 ans!

Il y a une certaine controverse, du moins au Québec, quant à l’utilisation de «senior». Bien qu’on utilise le terme régulièrement, l’Office québécois de la langue française (OQLF) déconseille l’emploi de senior comme nom. Pourquoi? Parce qu’au Québec, sénior est un terme implanté et légitimé uniquement dans le domaine des sports.

En français, on utilisera plutôt «premier» (par exemple, premier commis, première vérificatrice) ou «principal» (par exemple, associé principal, réviseuse principale), ou encore «en chef» (par exemple, technicien en chef, rédactrice en chef), «supérieur» (par exemple, officier supérieur, cadre supérieure) ou «haut» (par exemple, haute fonctionnaire).

Quel terme utiliser dans un titre d’emploi?

L’utilisation du terme senior n’est pas offensante en soi. Le questionnement tourne plutôt autour de la culture et des valeurs de votre entreprise. Pour certains, cela reflète une approche moderne et inclusive, qui met l’accent sur l’expérience plutôt que l’âge, tandis que pour d’autres, cela peut être perçu comme un anglicisme inutile ou une tentative de se conformer à des normes internationales sans considération pour la langue française.

Par contre, tel que mentionné, gardez en tête que senior n’est pas associé directement à l’âge, mais plutôt aux années d’expériences.

Aîné et âgé: le contexte est tout!

Selon l’OQLF, « aîné » ou « âgé » sont des termes grammaticalement corrects et respectueux. Par contre, dans ce cas-ci, on fait spécifiquement référence à des travailleur·euses de 65 ans et plus. Les termes sont moins liés à l’expérience et visent particulièrement l’âge. 

Cependant, bien qu’ils soient grammaticalement corrects, il est important de reconnaître que les termes « aîné » ou « âgé » peuvent également être sujet à des connotations négatives, notamment dû à l’âgisme, c’est-à-dire la discrimination basée sur l’âge. Certaines personnes pourraient voir l’utilisation de ces mots comme des stéréotypes et préjugés négatifs associés à l’âge. Par exemple, l’idée que les travailleur·euses aîné·es sont moins compétents, moins adaptés aux nouvelles technologies ou moins innovants que leurs collègues plus jeunes.

De plus, l’utilisation des termes « aîné » ou « âgé » peuvent également suggérer une hiérarchie ou une distinction entre les employé·es en fonction de leur âge, ce qui peut contribuer à une atmosphère de marginalisation au sein de l’entreprise.

Il est donc essentiel de reconnaître ces connotations négatives et d’avoir conscience des implications potentielles de l’utilisation de ces termes dans un contexte professionnel. Cela nécessite une sensibilisation accrue à l’âgisme et un engagement envers des pratiques et des politiques inclusives qui valorisent l’expérience et les compétences des employé·es, quel que soit leur âge.

Un contexte culturel

À noter qu’un mot peut être respectueux dans une culture donnée tout en étant moins bien reçu dans une autre. Par exemple, dans la culture autochtone, les Aînées et Aînés sont des personnes reconnues par leur communauté comme ayant atteint un haut niveau de compréhension de l’Histoire, de la langue, des enseignements culturels, etc. Ces personnes sont très respectées et peuvent jouer différents rôles, tels que le mentorat, l’orientation, la gouvernance, la prise de décision, la prise en charge ou l’enseignement au sein des communautés. Comme on aime le dire si souvent: tout est une question de contexte!

«Personne expérimentée»: une approche neutre

Si l’on souhaite parler de travailleurs et travailleuses étant « confirmées sur le plan professionnel », on pourra, pour le traduire, recourir à des compléments comme «expérimenté» (p. ex. journaliste expérimenté), «chevronné» (p. ex. traductrice chevronnée) ou «d’expérience» (p. ex. ingénieur d’expérience).

Tout comme senior, mais contrairement à « aîné » ou « âgé », ces termes ne font pas référence à l’âge, mais plutôt à l’expertise et à la compétence acquises au fil du temps. Cette approche permet d’éviter les connotations négatives liées à l’âge tout en reconnaissant les qualités professionnelles des travailleur·euses expérimenté·es.

Ce sont donc les termes plus neutres, tout en étant grammaticalement correctes, pour parler des plus vieilles générations de travailleurs et travailleuses actuellement sur le marché du travail.

Comment choisir?

Comme toujours, lorsqu’on parle de langage inclusif, le choix du terme pour désigner ces personnes nécessite une réflexion approfondie sur les implications linguistiques, culturelles et sociales en lien avec votre organisation.

Si la langue française n’est pas un enjeu et que le terme s’intègre déjà bien dans la culture de votre industrie et de votre organisation, senior peut être une bonne option pour parler de vos travailleur·euses ayant plus d’expériences. Par contre, rappelez-vous que ce n’est pas nécessairement lié à l’âge (ex. 65 ans et plus).

Si la langue française est un enjeu et que vous souhaitez la respecter, alors les deux autres catégories s’offrent à vous. Si vous souhaitez explicitement adresser l’âge de vos travailleur·euses, alors « âgé » ou « aîné » est une option. Par contre, certaines personnes pourraient ne pas apprécier se faire qualifier de la sorte et cela ouvre davantage la porte à l’âgisme. Si tel est votre choix, parlez-en avec vos employé·es concerné·es. 

L’objectif principal doit être de choisir une terminologie respectueuse, inclusive et représentative de la diversité des personnes au sein de l’entreprise. Les deux termes à éviter à tout prix: vieillissant et boomer!

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