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Réseautage et distanciation sociale: entretenir un réseau sain même à distance

Réseautage et distanciation sociale: entretenir un réseau sain même à distance

La distanciation sociale n’arrête pas le réseautage et en amplifie même l’aspect humain. Constats et conseils.

Le réseautage n’a jamais été aussi important qu’en temps de crise et de distanciation. En l’absence d’événements en présentiel, c’est un pan de l’exercice qui se ferme, sans pour autant en sonner le glas. Au contraire, le réseautage possède des dimensions profondément humaines que la distance permet de révéler. Après le mentorat pendant une pandémie, nous nous sommes entretenus avec deux expert.es, Boyana Stefanova et Pascal Beauchesne, pour tenter de définir ce qu’est le réseautage, ce que la distanciation implique et formuler quelques conseils.

Qu’est-ce que le réseautage?De la curiosité et du partage

On parle souvent de l’importance du réseau sans pour autant en définir la nature exacte. Dans le monde professionnel en particulier, le réseau est parfois évoqué en termes utilitaires ou quantitatifs – combien de personnes on connaît et qui on connaît – ou est assimilé à un jeu de paraître – comment se mettre en avant face à de nouvelles connexions potentielles. Pourtant, il s’agit d’une entité qui possède de multiples autres dimensions.

«Un réseau on n’en fait pas juste partie, on y participe et on y contribue», nous dit Boyana Stefanova, impliquée dans l’écosystème d’innovation entrepreneurial depuis plusieurs années.

Pour réseauter de façon optimale, il est important de comprendre qu’un réseau n’est pas qu’une simple liste de contacts rangée dans un tiroir et exposée à la lumière en cas de nécessité. Un réseau sain est une entité organique et humaine d’individus connectés par des valeurs, des intérêts et un esprit d’entraide communs. Ainsi, un réseau se construit et s’entretient activement, à travers la curiosité et le partage.

Lorsque l’on est engagé dans un réseau, il faut en prendre le pouls régulièrement. S’informer sur ce qui se passe dans son domaine d’intérêt, prendre des nouvelles de ses contacts et en donner, partager des informations. Plus on s’implique, plus l’on comprend les enjeux et les positions existantes, plus nos contributions deviennent pertinentes et plus les opportunités apparaissent pour les autres et pour nous. L’on devient un élément actif qui encourage et amplifie la circulation, par exemple en relayant des nouvelles importantes pour le domaine, en partageant des appels à contribution avec ceux d’entre nos contacts qui pourraient être concernés, en référant un contact que l’on sait en recherche d’emploi à un recruteur de notre connaissance, etc.

Pour nouer ses premières connexions, les règles sont les même que pour les entretenir: la curiosité et l’ouverture sont de mise.

Faire ses devoirs est essentiel; se renseigner sur l’actualité et les acteurs.atrices clés d’un domaine permet de clarifier ses propres objectifs et de faciliter les interactions. En connaissant ses propres besoins, sa propre histoire, on peut les exposer en toute transparence et bâtir des relations à long-terme dans le respect des enjeux de chacun.

Tout comme il est important de prendre le pouls de son réseau existant, s’intéresser activement aux nouvelles personnes que l’on rencontre est essentiel. Pour cela, on peut poser des questions simples et ouvertes, telles que «quels sont tes défis du moment, tes enjeux ?», pour les encourager à parler de leur histoire. «Réseauter est l’art d’élever la personne devant nous pour tisser un lien de confiance», nous dit Pascal Beauchesne, conseiller pour TechnoMontréal, un organisme dont la mission est de mobiliser l’écosystème des technologies à Montréal.

Distance = mort du réseau?

On l’aura compris, le réseautage repose sur la curiosité, l’entraide et la communication. Un réseau est avant tout formé de liens sociaux. Le contact en personne joue un rôle crucial dans la formation de connections, mais sa réduction ou son absence en période de distanciation ne signifie absolument pas la mort du réseau. Les outils de communication à distance permettent à merveille la mise en application de ces valeurs essentielles.

Selon Pascal, la crise ne change en rien l’essence du réseautage humain, mais peut y apporter des transformations, telles qu’une importance accrue des valeurs partagées et du soutien moral.

«Les gens seront ainsi de plus en plus amenés à réseauter en fonction de ce qu’ils sont, plutôt que de ce qu’ils veulent paraître.» – Pascal Beauchesne

Depuis le début de la pandémie, le besoin d’interactions sociales est plus fort que jamais, et cela se reflète dans les échanges en ligne au sein d’un réseau. «Les conversation sont plus profondes», constate Boyana.

Créer un cercle de partage virtuel, et pourquoi pas!

Pascal souligne également l’importance de former des cercles de partage virtuels et donne pour exemple le cercle thématique qu’il anime lui même autour de la décélération. Ce cercle virtuel permet de rassembler un petit groupe de gens – pas plus d’une quinzaine de personnes – dans une réunion où chacun peut parler de son ressenti et contribuer à la conversation. Chaque session débute par des questions sur les motivations et l’état d’esprit des participants afin d’instaurer un climat de confiance et d’écoute, transformant la réunion en safe space. Il s’y tisse des liens qui dépassent le cadre professionnel et permettent d’offrir un soutien moral essentiel aux participants, en plus de faciliter les contacts hors événement.

De tels cercles possèdent des qualités fondatrices d’un bon événement social en ligne: ils sont resserrés, thématiques et encouragent la prise de parole de chacun. Ainsi tout le monde peut s’ouvrir sans être intimidé par un trop grand nombre de visages braqués sur soi et sans se perdre dans le flou d’une conversation non dirigée. Ils peuvent servir aussi bien à rencontrer de nouvelles personnes qu’à entretenir une cohésion d’équipe ou à prendre des nouvelles.

Un réseau est une entité organique composé d’humains qui la font vivre en partageant, liant et contribuant. Il s’agit de dépasser à la fois une vision utilitaire du réseau (on sollicite ses connexions uniquement lorsque nécessaire) et une vision purement sociale (on bâtit des liens sans demander). En entretenant une vision humaine et vivante du réseautage, on facilite l’échange de services et l’entraide entre tous les membres, au-delà même de la dimension professionnelle. La distanciation sociale n’affecte pas les valeurs fondamentales d’un réseautage humain – elle incite à repenser certaines méthodes, mais pave aussi la voie à de nouvelles opportunités. L’on risque d’assister dans les prochains mois à des transformations dans la conception et la pratique du réseautage. Les réseaux sociaux et les cellules de réseautage offrent des possibilités de développement qui dépassent les frontières et ouvrent de nouvelles portes à celles et ceux qui ne trouvent pas leur compte dans le réseautage en personne.
Conseils pratiques pour bien réseauter

En guise de synthèse, nous avons rassemblé quelques conseils pour réseauter du bon pied.

  1. Se connaître soi-même, trouver son style de réseautage et le respecter
    L’on imagine souvent les bons réseauteurs.ses comme des extravertis ultra-sociaux papillonnant d’un contact à l’autre. Si développer son entregent, son écoute et ses capacités de communication est fort utile, les introvertis et les timides ne sont nullement exclus de l’exercice. Là où certains sont à l’aise au sein de gros événements, d’autres privilégieront les contacts plus privés, avec une seule personne à la fois. D’autres, encore, préféreront les échanges d’expertises aux conversation générales. La diversification des outils de réseautage offre à chacun la chance de s’épanouir.
  2. Prendre le temps de se tenir au courant des enjeux de son réseau et faire circuler l’information
    Les réseaux sociaux, tels que LinkedIn ou Facebook, avec leur flux d’actualité, facilitent la veille. En comprenant les enjeux de son réseau, on peut ajuster, affiner ses contributions et devenir un booster: un élément qui amplifie les opportunités pour ses pairs. Quelles sont les problématiques du domaine? Quelles sont les priorités de nos contacts? Quelles sont les derniers développements? Autant de pistes pour déterminer quelles initiatives soutenir, quoi partager et avec qui.
  3. Donner des nouvelles et partager son expérience
    Naturellement, donner soi-même de ses nouvelles aide les autres à se livrer à l’exercice de veille. Parfois, avant même d’entrer dans le cadre professionnel, parler simplement de son expérience personnelle peut être une source d’inspiration et ouvrir la porte à de belles discussions.
  4. S’impliquer dans groupes d’intérêt ou de valeurs communes
    Pour celles ou ceux qui en ont la possibilité, s’impliquer dans un conseil d’administration peut être une excellente opportunité de développer des liens solides avec des pairs partageant une vision commune. Ceci dit, n’importe quel groupe d’intérêt convient : groupes de professionnels, groupes de veille, d’échange ou de conseils dans son domaine ou ailleurs, et même hors du monde professionnel. Le réseautage est partout ! Les loisirs, les clubs, les activités culturelles sont autant de cercles fertiles pour les rencontres. En temps de distanciation, forums, meet-ups virtuels, webinaires et groupes de discussion facilitent les échanges.
  5. Solliciter les connecteurs, ces personnes aux multiples contacts, ou à en devenir un soi-même
    Dans chaque réseau et chaque domaine, il existe des éléments bien connectés qui se font un plaisir de “matcher” leurs contacts lorsque cela s’avère pertinent. Les identifier et leur demander conseil peut ouvrir la porte à de nouvelles rencontres sur-mesure. LinkedIn permet aussi de visualiser les contacts de nos contacts, ce qui peut permettre d’établir une liste de personnes à qui écrire.
  6. Ne pas hésiter à approcher les gens qui nous intéressent
    En apprenant à connaître un domaine, en s’impliquant dans des groupes d’intérêts communs ou en participant à des événements virtuels, on repère rapidement des gens dont les projets, le parcours, les contributions nous intéressent. Contacter ces personnes peut s’avérer enrichissant, surtout si l’on a soi-même quelque chose à apporter.
  7. Être clair dans ses objectifs et “faire ses devoirs” avant de solliciter son réseau ou une nouvelle personne
    Aborder de nouvelles personnes est important, mais connaître ses propres objectifs l’est tout autant. Il n’est pas forcément nécessaire d’avoir un service à demander lorsque l’on aborde quelqu’un; une demande de renseignements, de la curiosité à l’égard du rôle ou des activités de la personne suffisent, tant que l’on est capable de formuler clairement pourquoi on souhaite contacter cette personne en particulier et que l’on s’est suffisamment renseigné.e pour ne pas poser une question générique à laquelle Google pourrait aisément répondre.
  8. Être direct est également important.
    Il pourrait paraître impoli d’exposer ses intentions dès le premier contact – en particulier pour les femmes à qui l’on enseigne bien souvent à ne pas trop s’affirmer – mais il s’agit en réalité d’une marque de respect. Ne soyons pas gênées ! Être clair dans ses objectifs et ses motivations permet à son interlocuteur de ne pas perdre son temps. Comme le note Simon Sinek (https://lifehacker.com/to-get-what-you-want-ask-for-it-first-and-save-the-ple-5906427), les politesses placées avant une requête peuvent paraître plus hypocrites que lorsque placées derrière.
  9. S’intéresser à l’autre, l’inciter à parler de ses réalités
    Au-delà des échanges d’opportunités professionnelles, entretenir son réseau, c’est aussi prendre soin des humains qui le composent. Pour créer un climat de confiance, on peut, en guise d’entrée en matière, de mander à la personne quels sont ses enjeux, son histoire.
  10. Rester curieux.se et diversifier ses champs d’intérêt
    S’intéresser à d’autres champs de compétences que le sien contribue à s’ouvrir l’esprit et à diversifier son réseau. L’on peut commencer par des domaines connexes au sien, puis élargir. Les technologies peuvent mener à la finance, à la médecine, à l’écologie, à l’infini et au-delà.
  11. Se fixer des objectifs de réseautage réguliers
    Qu’on le fasse une fois par semaine, plusieurs fois par semaine ou quelques fois par mois, l’important est de prendre des nouvelles de son réseau et de se tenir au courant de ses enjeux de façon régulière. Consacrer un horaire fixe aux activités de réseautage aide à l’établissement d’une routine solide et efficiente.

Tourner les conditions créées par la distanciation à son avantage en dépasser les limites géographiques et en optimisant organiser son horaire
La distanciation implique moins de rencontres en personne, mais plus de flexibilité spatio-temporelle. L’on peut réseauter selon des horaires sur-mesure, avec des gens situés bien au-delà de notre zone géographique, le tout sans déplacements fatiguants.

Iris Martinez

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