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Confinement et technologies: les femmes en tech conseillent d’autres femmes en tech

Confinement et technologies: les femmes en tech conseillent d’autres femmes en tech

Télétravail pour les femmes

Crédit photo: Andrew Neel via Unsplash


Comment se portent les femmes de l’industrie technologique? On a interviewé une dizaine d’entre elles afin de comprendre leur nouvelle réalité.

Au coeur de la crise, bien moins affecté que la plupart des secteurs, le milieu des technologies et de l’informatique se démarque par la promesse de renouveau et de continuité. Les services en ligne sont, pour certains, passés d’optionnels à essentiels et, pour d’autres, d’essentiels à encore plus essentiels. Mais les facilités d’adaptation logistiques et les opportunités d’affaires ne doivent pas faire oublier l’atout le plus important d’une entreprise: ses travailleur.se.s et leur bien-être.

Nous nous intéressons aux conditions créées par cette crise pour les femmes qui continuent de travailler en technologie. Cet article est la synthèse d’un sondage préliminaire réalisé auprès d’une dizaine de femmes. Si vous vous identifiez comme une femme en technologies, nous vous invitons à remplir ce sondage pour nous aider à affiner notre compréhension de votre réalité et à vous proposer plus d’articles, de soutien et d’accompagnement.

Il faut que tout change pour que tout reste comme avant

Première constatation frappante, le quotidien de celles qui ont conservé leur emploi s’est trouvé assez peu affecté. Les options de télétravail déployées étaient pour certaines déjà en place, ou à tout le moins déjà disponibles. Pour les grosses entreprises offrant des services délocalisés, aucun changement en profondeur. Les adaptations consistent essentiellement à mettre en place des stratégies de communication internes à distance, ou à permettre aux employé.e.s d’avoir accès aux logiciels ou à l’information sensible nécessaire.

«Le travail à distance a toujours été une option pour moi, et l’entreprise avait déjà un VPN pour les employés qui désiraient travailler depuis chez eux. Cela a rendu l’adaptation à la crise plus facile – sans oublier que mon client est situé à Ottawa, ce qui ne change donc rien à mon processus de travail.» – Vanessa, développeuse de solutions pour Deloitte (traduit de l’anglais)

La crise permet même à certaines entreprises de pivoter, en adaptant leurs services à la nouvelle demande et aux nouveaux besoins. L’histoire de PixMob, qui a développé le produit SafeWatch en quelques semaines seulement, en est un exemple spectaculaire.

L’isolement est également favorable aux solutions de collaboration à distance en tous genre. Les entreprises qui misaient déjà sur les services dématérialisés disposent ainsi d’une opportunité inattendue de développer leur marché, au prix de quelques adaptations. Prenons l’exemple de Bazookka, une startup qui se propose de matcher recruteurs et stagiaires ou finissants grâce à l’intelligence artificielle. Les embauches ralentissent mais ne gèlent pas, tout particulièrement en tech, un des secteurs les plus en demande du moment. Sam Bellamy, CEO, nous explique que malgré des changements évidents dans les habitudes de leur clientèle, les activités continuent. Des fonctionnalités auparavant non prioritaires passent au premier plan. Bazookka compte ainsi développer des outils de communication améliorés afin de centraliser l’entièreté du processus de recrutement et d’éviter l’éparpillement des utilisateurs d’une plateforme à une autre. L’entreprise souhaite aussi proposer davantage de services gratuits pour faciliter les vies de ses utilisateurs en temps de crise.

De nouveaux défis professionnels et personnels

Les grosses entreprises possèdent les moyens de s’adapter et les startups, légères et innovantes, peuvent tirer leur épingle du jeu à condition que leur marché n’ait pas été trop gravement touché par la crise. Les moyennes entreprises semblent, à terme, plus vulnérables: plus lourdes que les petites, mais moins bien pourvues en moyens humains et financiers que les plus grosses.

Trouver du financement et des clients pour les entreprises les plus instables, celles ayant eu besoin de pivoter à plus de 90°, ou même les plus solides dont le marché a été affecté en profondeur est un défi qui fait craindre à certaines une réduction de leurs heures de travail à long terme. Pour le moment, ceci dit, l’heure semble plutôt à l’augmentation.

Dans un monde où l’on attend souvent des femmes qu’elles performent plus pour un niveau de reconnaissance égal à celui des hommes, grande est la tentation de se donner non plus à 200%, mais à 400% afin de demeurer utile et pertinente. Bien évidemment, attention aux brûlures.

«La tendance que je vois d’habitude chez les femmes c’est qu’elles laissent le travail prendre trop de place dans leur vie quotidienne. Beaucoup de compagnies sont débordées à cause de la crise et je vois beaucoup de personnes souffrir sous la surcharge de travail et le stresse d’être dans une situation instable.» – Seynabou Ndiaye, développeuse fullstack pour Myelin

Toutes nos répondantes rapportent une augmentation plus ou moins importante de leur charge de travail. Si les tâches restent à peu près les mêmes, leur nombre se multiplie pour répondre au besoin d’adaptation rapide.

Garder le contact n’est pas non plus une mince affaire. Certaines tâches nécessitant une communication claire et rapide avec des éléments de non-verbal se trouvent affectées par la distance. Pourtant, paradoxalement, l’éloignement n’a jamais autant rapproché, comme le souligne une répondante désirant rester anonyme. Zoom, Hangout, réunions en tous sens. Le besoin de rester connectée avec son équipe afin de continuer à suivre la progression des projets de façon optimale pousse à la multiplication des visioconférences, qui peuvent en retour nuire à la productivité ou au moral en envahissant l’espace personnel.

Séparer clairement vie privée et vie professionnelle est une difficulté rencontrée par toutes nos répondantes qui ne travaillaient pas déjà à distance. Et même pour les habituées, les circonstances exceptionnelles créées par la crise possèdent le pouvoir potentiel de déplacer les limites.

Malgré cela, le télétravail est perçu comme une opportunité par la plupart des répondantes. Certaines constatent même une amélioration de leur qualité de vie; elles se trouvent, entre autres, débarrassées de longs déplacements pour se rendre sur leur lieu de travail et disposent de plus de flexibilité dans leurs horaires. Toutes espèrent que les moyens mis en oeuvre pour faciliter le travail à distance demeureront bien en place une fois le pic de la crise passé, car, lorsque déployée correctement, il s’agit d’une chance aussi bien personnelle que professionnelle.

Quelques conseils pour survivre

À celles qui se trouvent dans des situations similaires aux leurs, nos répondantes conseillent principalement de:

  1. S’assurer d’avoir un bon équipement et une connexion internet optimale;
  2. Prendre l’air autant que le confinement le permet et trouver une routine d’exercice. Les habituées du télétravail savent que pour ne pas perdre la tête, il faut l’éloigner de son écran régulièrement;
  3. Poser des limites claires entre travail et vie personnelle, et insister pour qu’elles soient respectées par l’employeur ou les clients (éviter autant que possible les appels ou réunions les fins de semaine, pour ne pas créer trop de disponibilités durant ces créneaux de repos importants);
  4. Limiter les rencontres non-professionnelles à des horaires bien définis et se garder de la réunionite. Loin des yeux ne signifie pas loin de l’esprit; il est donc contre-productif de multiplier les suivis non-essentiels. Mieux vaut une longue réunion efficace aux trois jours que de courtes (voire tout aussi longues!) réunions quotidiennes parsemées de conversations personnelles.

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Si les choses se portaient bien avant la crise, pour l’entreprise et ses employé.e.s, fortes sont les chances pour qu’elles continuent sur cette lancée, après quelques adaptations de rigueur. La travail à distance offre même plusieurs opportunités d’amélioration des conditions. L’installation du confinement et les changements durables que cela implique laissent toutefois entrevoir des écueils à plus long terme. Attention, ainsi, à la surcharge de travail ou à l’invasion de la vie personnelle par la vie professionnelle, qui guette celles dont le télétravail n’était pas déjà le lot quotidien. Il convient de rester vigilant.e.s afin de ne pas laisser de mauvaises conditions s’entériner.

Quid, également, de celles qui souhaitent changer d’emploi ou en trouver un? Pendant la crise, le recrutement continue à distance. Attentes des recruteurs, nouveaux processus, nous nous intéresserons aux nouvelles règles du jeu dans de prochains articles.

Iris Martinez

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