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YouTube est-elle sexiste?

YouTube est-elle sexiste?

YouTube sexiste

YouTube discrimine-t-elle les femmes?

La plateforme de vidéos YouTube est régulièrement citée pour l’ambiance toxique qu’il y règne: commentaires sexistes, harcèlement moral, manque d’inclusivité. Les femmes semblent y être moins présentes que leurs collègues masculins. Le sont-elles volontairement ou cherche-t-on à les exclure de YouTube? Comment les YouTubeuses sont-elles traitées, par rapport aux YouTubeurs? Et que se passe-t-il lorsque votre gagne-pain se retourne contre vous? On s’est penchées sur le sujet.

Le 11 avril 2019, Katie Bouman est propulsée au devant la scène pour avoir, avec son équipe, permis de développer l’algorithme CHIRP, capable de représenter pour la première fois de l’Histoire, le trou noir. Dès lors, l’ingénieure du MIT est victime de cyber attaques. Tandis que sa page Wikipedia est signalée, des vidéos remettant en cause sa légitimité dans cette prouesse scientifique envahissent les réseaux sociaux. Deux jours après la publication de la fameuse photo, les vidéos qui apparaissent en premières positions sur YouTube sont soit des vidéos trollant la chercheuse, soit des vidéos de ses confrères. C’est seulement une fois signalées à YouTube que les vidéos lui rendant justice ont à nouveau été référencées dans les meilleures résultats. Dommage de devoir en arriver là.

Seulement 10% des chaines YouTube les plus populaires en France sont gérées par des femmes

En France, un récent classement* des 100 meilleure chaînes YouTube annonce que seulement 10% d’entre elles sont gérées par des YouTubeuses. Et oui, c’est peu! En janvier 2019, une étude du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dévoile que les vidéos des YouTubeurs Français ultra-populaires, Cyprien et Norman, sont à plus de 80% sexistes. En d’autres termes, soit les femmes ne sont pas visibles, soit elles sont stigmatisées ou dénigrées.

Discrimination = moins d’argent
Cette situation a des conséquences pour les YouTubeuses. Malgré un nombre de vues suffisant ou même croissant, elles voient souvent leur contenu démonétisé. «Les vidéos d’hommes mimant la masturbation ou parlant de l’organe sexuel masculin continuent à avoir beaucoup de visibilité sur la plateforme, les vidéos traitant de la sexualité féminine, d’avortement ou encore des règles se voient toujours démonétisées» explique Marie, fondatrice de l’association française Les Internettes. «Par exemple, les vidéos d’éducation sexuelle de Queen Camille, la journaliste sexo du magazine madmoiZelle, sont systématiquement démonétisées et flaguées moins de 18. Le problème, ce n’est pas la suppression de la pub dans les vidéos des femmes puisque ce modèle économique ne rapporte aujourd’hui quasiment rien. Nous soupçonnons – et de nombreux créateurs vidéo influents le pensent également – que les vidéos démonétisées sont moins, voir pas, recommandées par l’algorithme.»

Des commentaires sexistes
Au delà de la découvrabilité des contenus des YouTubeuses, un autre fléau genré sévit sur la plateforme. Il est question des commentaires laissés sur les vidéos. En juin 2019, une joueuse de jeux vidéos en ligne, Bocchi, âgée de 15 ans, remporte une partie de Super Smash Bros. La vidéo où elle affronte un joueur nommé Ally est diffusée sur YouTube. A l’issue de cette victoire l’adolescente américaine devient la victime de cyber harcèlement assez violent, remettant à peu près tout en cause: sa victoire, le choix de son avatar, son ancienneté dans le jeu, etc…. Son adversaire est lui aussi moqué d’avoir perdu contre une fille. Les deux protagonistes ont depuis quitté les réseaux sociaux pour se préserver.

De l’autre côté du globe, une étude australienne dénonce le sexisme et les propos injurieux des commentaires des vidéos YouTube auprès des scientifiques femmes. Après avoir scruté 23 000 commentaires, trouvés sur 391 chaines YouTube dédiées aux sciences, nouvelles technologies et mathématiques, la chercheuse Inoka Amarasekara en est arrivée à la conclusion que seulement 10% des vidéos de vulgarisation de science étaient réalisées par des femmes, et que 14% des commentaires étaient sexistes ou insultants, contre 6% pour des vidéos créent par les hommes sur le même sujet.

Les contenus et commentaires sexistes signalés sur YouTube ne sont pas supprimés

Que fait YouTube pour lutter contre ces pratiques?
Les zones d’ombres du règlement sont nombreuses et les actions mises en place pour lutter contre ces comportement abusifs sont discrets, voir inexistants.

En France, le HCE a remis, en février 2018, un rapport (PDF) dénonçant le cyber contrôle dans le couple et le harcèlement sexiste et sexuel en ligne. Pour ce faire, une étude réalisée depuis juillet 2017 a analysé les différentes plateformes dont YouTube faisait partie. On y découvre que sur l’ensemble des commentaires et contenus sexistes signalés, soit un total de 98 parmi les vidéos « tendances » (les plus populaires) et leurs commentaires associés, 0 ont été supprimées.

On accuse souvent les femmes d’être paranoïaques et d’exagérer face à ces commentaires, mais les faits sont là. Il y a de quoi se poser de sérieuses questions quant à l’intégrité de la plateforme de vidéos et aux efforts mis en place pour la rendre plus saine.

Malgré une mobilisation historique en Occident pour lutter contre les abus et les comportement sexistes et sexuels faits au femmes sur Internet, force est de constater qu’un travail considérable reste à accomplir tant dans l’acceptation de l’expression de soi, que dans la place faites aux femmes; freins qu’il reste à surmonter pour arriver un jour à une véritable parité.

Maïté Belmir

Maïté Belmir

Diplômée de communication en France, Maïté cumule 10 années d’expérience réalisées en agence de publicité et entreprises de commerce de détail, avant de rejoindre le monde de la culture qu'elle affectionne particulièrement. Journaliste autodidacte, elle a animé une émission pour la radio RCV en France pendant plusieurs années et réalise des chroniques culturelles pour la webradio CHOQ.ca à Montréal. Elle produit et réalise un podcast dédié à la communication et au marketing intitulé "T'as raison ma Brenda" et écrit aussi pour le web.
Maïté Belmir

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