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Utiliser la technologie pour endiguer le sexisme au travail

Utiliser la technologie pour endiguer le sexisme au travail

En 2017, une équipe de création de films en réalité virtuelle (RV), menée par Nathalie Mathe, a créé un court-métrage à 360 degrés, intitulé UTurn. Il raconte l’histoire d’une jeune développeuse qui travaille dans une startup dominée par des hommes où un problème technologique majeur apparaît. C’est la panique, car le directeur technique doit présenter le projet à des investisseurs potentiels. Tout repose sur la jeune femme et son collègue masculin.

Je vous divulgâche tout de suite la fin: elle trouve la solution, mais elle n’est pas créditée pour le succès. Oh oh oh, quelle surprise!

Le film se veut léger et traite avec une touche d’humour une situation qui ne l’est pas. On parle quand même de gros sexisme ordinaire!

Toute l’originalité de ce court-métrage de RV réside dans le fait que tout le long du film, vous pouvez suivre l’histoire selon le point de vue de la femme ou de l’homme, en caméra subjective. Il vous suffit de tourner la tête à 180 degrés et vous passez d’un monde à l’autre. On vit donc la même histoire à travers le cerveau féminin ou le cerveau masculin, en «interprétant» leurs corps.

Une chercheuse de l’Université de Stanford, Tanja Aitamurto, s’est penchée sur la question des genres et de la technologie. Tanja Aitamurto voulait savoir si, d’une part, ce genre de technologie utilisée en réalité virtuelle pouvait avoir un impact sur les gens et, d’autre part, si plus largement, l’empathie envers l’inégalité entre les genres pouvait être amplifiée.

L’étude a assigné 67 participants à regarder la vidéo de trois façons différentes: le film en vision partagée à 360 degrés avec un casque de réalité virtuelle, le film en vision à 180 degrés avec un casque de réalité virtuelle, et enfin, le film en version «aplatie», où l’écran est divisé en deux pour les deux versions, sur un ordinateur portable.

Résultats?
La vision à 360 degrés a été la plus engageante. Elle a accru le sentiment de responsabilité personnelle des spectateurs pour la résolution des inégalités entre les genres, alors que la vidéo à 180 degrés a créé le plus fort sentiment de présence, d’incarnation et de compréhension des personnages. Cependant, les personnes qui se projetaient le personnage masculin se sentaient moins concernées vis-à-vis de la résolution du problème de sexisme au travail, et ce, particulièrement avec la vision à 360 degrés.

J’ai eu l’opportunité de porter le casque de réalité virtuelle et, donc, de regarder quelques minutes du film. J’avoue que je passais plus de temps dans le corps de l’homme que celui de la femme. En effet, rien de neuf pour la femme que je suis dans l’observation d’une autre femme réagir dans une telle situation. L’immersion dans l’histoire m’a bluffée! Pendant quelques minutes, «j’étais» un homme.

Je doute que l’histoire de UTurn soit surprenante pour quiconque connaît le milieu startup ou lit ce blogue depuis quelque temps. Ceci dit, j’ai été intriguée. Et si ce genre d’initiatives pouvaient faire changer les mentalités? Après tout, on ne peut pas comprendre ce qu’on ignore. Donc, en se glissant dans le corps d’une femme, peut-être ferait-on réaliser des choses à un homme? Est-ce que finalement ça prend de la technologie pour résoudre le problème complexe lié aux genres?

Il semblerait que ce soit un bon outil de sensibilisation, mais qu’il n’entraînerait pas un passage à l’action et, encore moins, un changement des mentalités. Cela vient donc renforcer le fait qu’il est toujours plus facile de convaincre quelqu’un de neutre que quelqu’un qui a déjà choisi son camp. La quête pour la technologie idéale de changements de mentalités continue…

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Chloé Freslon

Chloé est une femme avec une mission, celle de faire de Montréal la ville à startups qui a trouvé des solutions concrètes pour combler l’écart de genres dans l’industrie de la technologie. Vous l’avez probablement vue sur des panels, lu son blog URelles, écouté le podcast URelles qu’elle produit, signé le Manifeste des femmes en technologie qu’elle a co-fondé ou entendu à Moteur de Recherche à ICI Première Radio-Canada. Elle est la fondatrice d’URelles.
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