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Seynabou Ndiaye: «Il faut que les jeunes filles sachent qu’il est possible de marier technologie et convictions sociales»

Seynabou Ndiaye: «Il faut que les jeunes filles sachent qu’il est possible de marier technologie et convictions sociales»

Seynabou Ndiaye

Seynabou Ndiaye est développeuse full-stack dans la startup à impact social, Myelin. Elle nous parle de son parcours et donne des conseils pour avoir plus de femmes en technologie.

Quelles études as-tu fait?

J’ai fait des études en mathématiques, statistique et informatiques à l’université de Concordia, à Montréal.

Comment t’es-tu intéressée à la technologie?

Lorsque j’étais enfant, mon père et mon grand-frère étaient très intéressés par l’informatique. Le domaine m’était familier mais je ne m’y intéressais. C’est seulement lorsque je suis arrivée à l’Université Concordia, (que j’ai rejoint initialement pour des études en commerce), où je me suis fait de nouveaux amis, que j’ai réalisé que l’informatique était un domaine qui pouvait être passionnant avec des applications très variées.

Qu’est-ce que tu aurais aimé savoir lorsque tu étais enfant, que tu seulement appris une fois rendue adulte?

En fait, c’est quelque chose que j’aurais aimé savoir lorsque j’étais adolescente. J’aurais aimé comprendre un peu plus tôt que je n’ai pas à avoir peur de déranger les gens. Enfant, j’étais assez curieuse en temps et je me mêlais un peu de tout et on me disait souvent que je posais trop de questions.

En grandissant, j’ai commencé à être plus réservée et j’ai arrêté de poser des questions. Je le percevais comme un manque de respect et un signe de faiblesse. Je ne voulais pas faire perdre du temps à mes interlocuteurs ou qu’ils prennent mes questions pour de la défiance. J’ai éventuellement remarqué que beaucoup de femmes partagent ce sentiment: essayer de ne pas s’imposer. Mais ce n’est pas une bonne chose car on finit par se minimiser et s’auto-censurer. J’ai encore du travail à faire mais je respecte maintenant autant mon temps et mes apprentissages que ceux des autres.

Pourquoi aimes-tu particulièrement ce domaine?

Il existe une grande variété de choses à faire avec l’informatique et c’est ce que j’adore! Depuis que je suis petite je veux prendre part à des projets environnementaux ou sociaux. Je suis plus douée dans les matières scientifiques que dans les matières littéraires et je suis ravie de savoir que l’informatique me permet me vivre mes convictions sociales.

«Parfois, ne présenter que des femmes surqualifiées dans ce genre d’évènement intimides les autres filles qui finissent par croire qu’elles ne peuvent pas obtenir une carrière en technologie sans avoir plusieurs diplômes et être premières de classes.» – Seynabou Ndiaye

Quelle serait ta job de rêve en technologie?

J’aimerais pouvoir gérer mon propre hackerspace! Un hackerspace est comme un makerspace avec un focus sur l’informatique. Ce sont des espaces où on encourage l’exploration, l’innovation, la collaboration et l’apprentissage. On rappelle aux gens que la science peut être amusante. On donne un espace où les gens peuvent utiliser leur créativité et leur amour de la technologie, sans la pression de livrer à une date donnée ou de répondre à son employeur.

Je passe beaucoup de temps au Foulab, le premier hackerspace de Montréal (et le deuxième au Canada!). Il n’y a pas une journée que je passe là-bas sans découvrir quelque chose de fascinant ou discuter avec quelqu’un qui a une vraie passion pour les nouvelles technologies. J’aimerai pouvoir créer un espace ouvert à tous mais destiné aux femmes. C’est bon d’avoir des moments où on se rappelle pourquoi on a commencé une carrière en technologie.

Si tu devais donner un conseil afin d’avoir plus de femmes dans le domaine, quel serait-il?

On doit commencer à un très jeune âge. Beaucoup de statistique montrent que les filles ont les mêmes aptitudes en math et en science que les garçons mais le manque de représentation féminine dans ces domaines scientifiques décourage les jeunes femmes à poursuivre une carrière en STIM (science, technologie, ingénierie et mathématique). De plus, les filles prennent plus souvent en compte l’impact social d’un emploi lors de leur choix de carrière. Cela pousse beaucoup de jeunes femmes à aller faire des études dans des domaines plus «sociaux» afin d’avoir un impact positif sur la planète. De nos jours, la technologie est partout donc on peut très bien être ingénieur.e, programmeur.e ou statisticien.ne pour une OBNL ou une entreprise pour profit et à impact social. Donc mettre de l’avant des femmes en STIM impliquées socialement devrait permettre aux jeunes filles de voir qu’il est possible de marier technologie et convictions sociales.

Je pense d’ailleurs qu’il faut aussi de la diversité dans les évènements sur les femmes en technologie. Je ne parle pas juste de diversité ethnique ou culturelle, qui est aussi très importante, mais aussi de diversité dans les parcours. On doit avoir des panels avec des femmes qui ont des parcours variés et non seulement des femmes qui ont excellé aux niveaux académiques et professionnels. Parfois, ne présenter que des femmes surqualifiées dans ce genre d’évènement intimides les autres filles qui finissent par croire qu’elles ne peuvent pas obtenir une carrière en technologie sans avoir plusieurs diplômes et être premières de classes. Donc d’après moi de la diversité dans les parcours et les qualifications des femmes présentes est important pour qu’un maximum de jeunes filles puissent se retrouver dans ces panélistes.

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