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Rétrospective de l’année 2019 pour les femmes en technologie

Rétrospective de l’année 2019 pour les femmes en technologie

rétrospective 2019 des femmes en technologie

Voici ma sélection d’événements marquants 2019, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

JANVIER

Cachez ce jouet sexuel que je ne saurais voir!
L’Osé est un jouet sexuel produit par l’entreprise de Lora DiCarlo. Lors du CES 2019, une foire commerciale annuelle prestigieuse organisée par la Consumer Technology Association, l’entreprise présente son produit. Elle remporte le prix de l’innovation de l’année dans la catégorie Robotique et Drone. L’équivalent de recevoir un Oscar pour une actrice. Mais à peine un mois plus tard, le comité contacte l’entrepreneure et annonce que les jouets sexuels ne sont pas autorisés au CES. Le comité retire le prix et révoque l’autorisation d’exposer à nouveau au CES. Les conséquences sont terribles: crise médiatique et investisseurs qui se retirent. Bref, un énorme coup dur pour Lora DiCarlo. Cinq mois plus tard, on lui remet (à nouveau) le prix de l’innovation. Le comité déclare qu’ils «n’ont pas géré ce prix correctement», ce qui a donné lieu à des «conversations importantes» sur les politiques en matière de technologies sexuelles.

MARS

La plus importante campagne pour les femmes en technologie
Le premier trimestre commence très fort avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et Ubisoft qui unissent leurs forces afin de mettre sur pied une grande campagne pour les femmes en technologie. C’est simple, le Québec n’a jamais connu une campagne aussi conséquente (comprendre: beaucoup d’argent) pour contribuer à diminuer l’écart de genres en technologie. La campagne est composée de plusieurs initiatives, comme celle de faire venir à Montréal, dans la Place des Arts, Randi Zuckerberg (la soeur de). Une délégation d’entrepreneures et femmes gravitant dans le monde de la technologie est également invitée à se rendre à San Francisco pour une mission commerciale. Et enfin, trois femmes en technologie sont désignées comme ambassadrices du programme et parcourent le Québec pour visiter des écoles et faire la promotion de ces carrières auprès des jeunes filles.

Une lecture incontournable
Un super livre sort en 2019: Invisible Women: Data Bias in a World Designed for Men, par Caroline Criado Perez. L’autrice y rassemble une pléthore de données aberrantes appuyant le fait que notre monde est construit par des hommes pour des hommes. De l’inconfort de tenir un cellulaire pour une main de femme, à la file dans les salles de bain pour femmes, en passant par les accidents mortels même pour celles portant une ceinture de sécurité. L’autrice ne cherche pas à prouver une vaste conspiration, elle nous explique juste que si nous ne mettons pas en place des mesures pour corriger les préjugés, les inégalités de nos sociétés persisteront. Une des manières de corriger ces préjugés est d’avoir une main d’oeuvre technologique plus diversifiée.

Le prix Abel va à une femme pour la première fois
La mathématicienne Karen Uhlenbeck devient la première femme à remporter l’un des prix les plus prestigieux en mathématique, le prix Abel, décerné par l’Académie norvégienne des sciences et lettres. Karen Uhlenbeck, qui a 73 ans et est professeure émérite à l’Université du Texas à Austin, a réalisé un travail révolutionnaire dans plusieurs disciplines. C’est la première femme lauréate de ce prix en 16 ans d’histoire.

AVRIL

Bel effort Google, mais ce n’est pas suffisant!
Google publie son premier rapport sur la diversité depuis 2014. Considérant les scandales récents connus par la compagnie et l’évolution fulgurante de l’industrie, ils étaient plus que dûs pour cette publication. Rendre public un rapport annuel sur la diversité s’inscrit dans les efforts de Google pour plus de transparence. Pour la première fois, le rapport inclut des données provenant d’employé.es ayant une limitation, ainsi que d’employé.es s’identifiant comme LGBTQ2S+. Le rapport révèle une légère augmentation des embauches de femmes dans l’ensemble de l’entreprise, mais un grand manque de personnes noires, autochtones et femmes en position de leadership. Pour vraiment changer la culture, il n’y a pas de solution miracle. Il faut établir une stratégie étalée sur plusieurs années, ce qui demande évidemment beaucoup de travail et qui n’est pas valorisé auprès des actionnaires. Les entreprises de technologie doivent continuer d’investir dans des programmes d’embauche, mettre sur pied de meilleures initiatives de rétention et amener tout le monde, à tous les niveaux de l’entreprise, à valoriser et à prioriser une main-d’œuvre diversifiée et inclusive.

MAI

Un nouveau groupe de soutien aux femmes en technologie à Montréal
Le printemps arrive, et avec le renouveau, un nouveau groupe de femmes en technologie voit le jour à Montréal: Persian Women in Tech. Il existe plus d’une trentaines d’initiatives de femmes en technologie à Montréal mais ce projet-là est différente. Persian Women in Tech a décidé de se concentrer sur l’acquisition de talents pour les entreprises. En effet, puisqu’il existe une pénurie de talents importantes en TI au Canada, l’organisation met de l’avant des profils de femmes afin de favoriser le maillage entre les personnes recherchant un emploi et les entreprises en offrant. La rareté de la main d’oeuvre et la forte présence de femmes perses dans le monde sont deux composantes essentielles à la croissance du groupe. C’est la première fois que j’entends parler d’une autre initiative de femmes en technologie que URelles qui prend l’angle de la pénurie de main d’oeuvre pour permettre à plus de femmes de rejoindre l’industrie. Sommes-nous en train de voir naître une nouvelle tendance?

JUIN

Les quotas, la solution?
Je rencontre Johanne Duhaime, la vice-présidente des technologies de l’information et des communications (CIO) chez Hydro-Québec qui m’explique la nécessité des quotas en technologie. Elle raconte: «J’en viens à penser qu’on aurait besoin de quotas. Il y a 5 à 10 ans, je n’étais pas pour mais je pense que sans quotas les choses ne changent pas ou seulement de façon anecdotique. Il faut qu’on mette en place des actions concrètes pour vraiment promouvoir les femmes. Tout le monde a de la bonne volonté mais la bonne volonté ne change pas le monde. C’est de notre responsabilité à tous.» La mise en place de quotas est loin d’être une solution acceptée par tous.tes. À chaque fois que je les mentionne, lors d’un panel ou d’une discussion à plusieurs, immanquablement il y a celles.ceux pour et surtout, celles.ceux contre. Être pour les quotas reste un acte militant fort en 2019, voilà pourquoi j’étais tant étonnée que la CIO d’une des organisations les plus importantes au Québec soit pro-quotas. C’est à ce moment-là que j’ai su qu’on entrait dans une nouvelle ère, celle où on a pris conscience de la gravité de la situation et qu’on est prêt.e à mettre en place des solutions à la hauteur.

Une école française a doublé son nombre de femmes
Le même mois, j’ai eu également l’occasion de discuter avec Sophie Vigier, la directrice de la célèbre école d’informatique française, École 42. Elle m’explique qu’elle a réussi à faire passer, en 6 mois, le pourcentage d’élèves féminins de 15 à 26%. C’est beaucoup, considérant que l’école avait 5% de femmes à son ouverture, en 2013. Comment s’y est-elle pris? C’est assez simple, elle s’est entourée de personnes qui, comme elle, considérait que le harcèlement et l’intimidation dont les femmes étaient victimes, au sein de l’école, n’auraient plus lieu. Ce message est parti de la direction et s’est rendu jusqu’aux élèves. La direction a dorénavant une tolérance zéro pour ces agissements. Les élèves n’ont pas eu le choix que de s’y plier et la présence des femmes a augmenté.

Pas de femmes? Pas de problème!
Toujours cet été, le magazine GQ raconte qu’un groupe de technologues influents de la Silicon Valley, dont Jeff Bezos, sont partis rencontrer le designer italien Brunello Cucinelli, dans son pays. Le journaliste Ryan Mac remarque quelque chose de particulier sur l’une des photos utilisées dans l’article. Les deux seules femmes présentes semblent avoir été ajoutées, fait qui est confirmé par toutes les personnes présentes, dont les deux femmes. Lorsqu’on manque de femmes dans la Silicon Valley, il suffit de les ajouter via Photoshop…

JUILLET

Lesbiennes ≠ pornographie
Avant le 18 juillet 2019, le mot «lesbienne» entré sur Google n’affichait que de la pornographie. C’est une erreur désormais corrigée. La compagnie de la Silicon Valley a décidé de modifier l’algorithme afin que ce biais n’y soit plus représenté. Pourquoi était-ce un problème que les résultats de recherche de Google affichent de la porn si on tapait le mot «lesbienne»? Parce que d’abord l’accès à l’information sur le lesbianisme devenait extrêmement difficile, Google étant le moteur de recherche numéro un pour la population française. Mais également parce que ces résultats contribuaient à une sexualisation du corps des femmes et à une définition très restrictive d’une orientation sexuelle.

NOVEMBRE

Technovation a 6 ans!
Technovation Montréal fête ses six ans d’existence. Technovation est un OSBL mettant en compétition des jeunes filles de 10 à 18 ans autour de la création d’une application mobile. Pendant six mois, ces jeunes filles se rencontrent à chaque semaine pour bâtir une app, de l’idéation à la commercialisation. Certes Technovation n’a rien de nouveau, URelles avait déjà écrit sur l’organisme en mai 2017 , mais la longétivité d’un OSBL tenu à bout de bras par une équipe 100% bénévole qui se consacre à coeurs et âmes au succès de ces jeunes filles est quelque chose à noter et à célébrer. Bravo mesdames et messieurs pour votre ténacité!

DÉCEMBRE

Le sexisme à la NASA
En octobre, les astronautes Christina Koch et Jessica Meir effectuent la première sortie dans l’espace entièrement féminine. Christina Koch est également en voie d’être la femme qui sera restée le plus longtemps à bord de la Station spatiale internationale. Il y a également eu des nominations à haut niveau et d’autres exploits records. Cependant, les femmes demeurent une minorité écrasante à l’agence spatiale américaine. Elles n’y représentent qu’environ un tiers de la main-d’œuvre de la NASA. Et le sexisme est toujours bien présent.

Forbes reconnait 20 femmes en tech
Cette année, la liste Forbes Power Women présente 20 étoiles du secteur de la technologie dont l’influence ne cesse de croître, qu’elles soient CEO ou fondatrices de certaines des plus grandes entreprises du monde. Alors que le pourcentage de femmes CEO est resté stable entre 2018 et 2019, le nombre de femmes dans la suite-C est passé de 23% à 25%. Une augmentation discrète mais une augmentation quand même. À noter également, que cette victoire est douce amère car c’est également Forbes, qui un peu plus tôt dans l’année a publié une liste des 100 plus grands innovateurs du monde et seulement une femme y figurait.

***

De quoi l’avenir sera fait?
Dans le domaine technologique, on investit beaucoup dans la prochaine génération. On espère que nos erreurs ne seront pas perpétuées, on espère que nos filles seront payées à la même hauteur que nos garçons, on espère que le mouvement de «Femmes en technologie» disparaîtra à moyen terme. Bref, on veut croire que ça ira mieux. Je suis une éternelle optimiste et c’est ce qui me permet de continuer à faire mon travail. Le rapport de HackRank vient confirmer tout ça. Pour une deuxième année consécutive, la plateforme de compétition mettant en contact les entreprises et les développeurs.ses, publie son rapport sur les femmes en technologie. Après avoir interrogé plus de 12 000 développeuses qui s’identifient comme femmes, ils ont trouvé des informations particulièrement intéressantes, surtout sur la génération Z (nées après 1997), la seule génération née à l’âge du Web qui a appris à coder à un plus jeune âge que celles qui les ont précédées. Les femmes de la génération Z connaissent deux des trois langages de programmation les plus en demande et prévoient de rapidement apprendre les autres qu’elles ne connaissent pas encore. C’est le genre de nouvelles que j’aime lire. Concernant 2019, il s’agit somme toute d’une bonne année. Il y a certes eu encore des maladresses et la parité n’est pas encore atteinte, mais l’industrie fait des efforts et il semblerait que doucement, mais sûrement, nous nous dirigeons vers plus d’équité.

J’ai oublié des événements incontournables? Dites-le moi en commentaires.

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Chloé Freslon

Chloé est une femme avec une mission, celle de faire de Montréal la ville à startups qui a trouvé des solutions concrètes pour combler l’écart de genres dans l’industrie de la technologie. Vous l’avez probablement vue sur des panels, lu son blog URelles, écouté le podcast URelles qu’elle produit, signé le Manifeste des femmes en technologie qu’elle a co-fondé ou entendu à Moteur de Recherche à ICI Première Radio-Canada. Elle est la fondatrice d’URelles.
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6 Comments
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    Anonyme

    18 décembre 2019 at 0 h 20 min Répondre

    Super belle rétrospective! Merci d’avoir crée ce document

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    Aurelie Wen

    18 décembre 2019 at 13 h 04 min Répondre

    J’adore cette rétrospective des femmes en tech ! J’avais oublié l’histoire des femmes rajoutées via Photoshop sur la photo 😬 Merci Chloé !!

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      Chloé Freslon

      18 décembre 2019 at 14 h 23 min Répondre

      La Silicon Valley ne manque pas d’imagination! Merci de ton commentaire.

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    Marie-Ange Bourdon

    18 décembre 2019 at 18 h 00 min Répondre

    Merci Chloé,

    Tres belle retrospective. J’ai toujours beaucoup de plaisir a te lire.

    Je te souahite beaucoup de succes avec URelles en 2020!

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