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Grossophobie: Votre entreprise est-elle adaptée aux personnes grosses?

Photo d'Édith Bernier, fondatrice du site web Grossophobie.ca

Photo d’Édith Bernier, fondatrice du site web Grossophobie.ca

Quand on pense à la grossophobie, on pense souvent que cette discrimination concerne principalement les personnes grosses. En réalité, cela nous affecte tous et toutes – peu importe notre tour de taille! Il est important de comprendre l’ampleur de la thématique pour que nous puissions aider à réduire les stigmas. Pourquoi un tel phénomène et surtout, que peuvent faire les entreprises? Rencontre avec Édith Bernier: autrice, conférencière, consultante et fondatrice du site web Grossophobie.

Quelle est la définition d’une personne grosse?

Édith Bernier:  Je donne une définition dans mon livre: Les personnes grosses seraient l’ensemble des personnes qui sont punies par des expériences courantes et inévitables d’exclusion. Pas seulement ceux et celles qui ont été traité.e.s de gros ou de grosses, comme nous l’avons presque tous ou toutes été dans notre vie, mais ceux et celles pour qui la satisfaction des besoins de base est limitée; restreinte de façon importante. Il ne s’agit pas seulement des personnes qui ont de la difficulté à trouver des vêtements qui leur plaisent, mais des personnes pour qui c’est difficile de trouver des vêtements tout courts. Ce sont les gens qui sont inconfortables dans l’avion, les transports en commun et qui sont ridiculisés, parfois, pour avoir même essayé de  prendre le transport collectif.

Les personnes grosses, est-ce un groupe minoritaire?

Édith Bernier:  Pas du tout! Au Québec, si on met toutes les personnes qu’on considère «grosses», c’est-à-dire les personnes qui sont en surpoids ou obèses selon l’IMC, on obtient environ 58% de la population. On est donc loin d’être une minorité. 

On n’a pas besoin d’être gros pour vivre de la grossophobie: cette envie de maigrir, cette peur de prendre du poids, tous les discours qu’on entend reliés à ça. Par exemple, prenons le discours qu’on entend au retour des Fêtes: «Ah j’ai maigri!», ou bien «C’est un miracle de ne pas avoir engraissé», etc. Tout ça relève de la grossophobie, de la culture de la diète et du culte de la minceur. On est affecté par la grossophobie, qu’on soit gros ou non. Par exemple, les gens qui ont des troubles reliés à l’alimentation, tels que l’anorexie, sont affectés par la grossophobie. Même chose pour les personnes qui ont des problèmes de dysmorphie corporelle. [Note – Selon psychomédia: «Le trouble de dysmorphie corporelle (dysmorphophobie) est une préoccupation concernant un défaut imaginaire de l’apparence physique. Si un défaut physique est apparent, la préoccupation est manifestement démesurée».]

Dans les deux cas, ce sont des troubles psychiatriques reconnus. L’anorexie est mentionnée comme un des troubles psychiatriques qui engendre le plus de morts. Donc, la grossophobie touche beaucoup de monde!

«On n’a pas besoin d’être gros pour vivre de la grossophobie.»
– Édith Bernier

Dans le langage courant, il y a plein d’expressions, que nous utilisons, qui contribuent à la grossophobie. Je pense notamment au concept de «devoir faire attention», comme si l’inverse serait de «se laisser aller».

Édith Bernier: Le «faire attention», «prendre soin de soi», «se prendre en main» ; c’est plein d’ironie, bien sûr! Ça voudrait dire que les personnes grosses sont des personnes qui ne font pas attention, qui ne prennent pas soin d’elles. On sait que c’est tout à fait faux. 

Mon exemple préféré pour déconstruire les clichés par rapport aux personnes grosses, ce sont les athlètes gros.ses. Il y en a plein! Juste à regarder les femmes qui ont gagné les médailles en altérophilie aux Jeux Olympiques. Je connais particulièrement celle qui a fini en troisième position, Sarah Robles. Cette femme est loin d’être petite. Sarah est grosse, mais elle est entraînée. Sa nutritioniste et son entraîneur la suive de très proche, et elle reste très active. Être en santé est essentiel pour Sarah. Pourtant, surprise! C’est une athlète de haut niveau qui est grosse. Il y a plusieurs personnes qui prennent soin d’elle, qui s’assurent qu’elle mange équilibré, etc. Elle est grosse quand même. C’est important de ne pas voir la grosseur comme un échec ou une chose temporaire dont il faut se débarrasser.

Quel mot devrait-on utiliser pour interpeller les personnes grosses?

Édith Bernier: Je favorise l’appellation «personnes grosses», parce qu’on est une personne avant d’être une grosseure. C’est de la même façon qu’on désigne les personnes en situation d’itinérance ou les personnes trans. Plutôt que de dire «des trans», «des itinérants», on ajoute le mot «personne» en amont. 

Je n’aime pas vraiment les mots tels que surpoids et obésité, parce que je les trouve très pathologisant. 

À garder en tête que ce n’est pas parce que quelqu’un n’utilise pas du vocabulaire humanisant que cette personne est nécessairement mal intentionnée. Je préfère favoriser l’éducation.

Qu’est-ce qu’une entreprise pourrait faire pour réduire la grossophobie, et être plus inclusive?

Édith Bernier:  Il faut premièrement faire savoir au personnel que les demandes d’accommodement sont possibles. Je ne sais pas combien de fois je me suis retrouvée avec un poste de travail identique à celui de mes collègues. Ils sont peut-être très bien adaptés pour eux, mais pas pour moi! Si ça me prend une plus grande chaise, mon cubicule va avoir moins d’espace. Ça veut dire que j’ai moins de place pour travailler comparé à mes collègues plus petits ou petites. L’idée, c’est d’avoir un environnement de travail adapté à chacun.e, et non des cubicules identiques pour tous.  Il ne s’agit pas d’en enlever à un.e pour en donner à l’autre, mais plutôt de s’assurer que les gens qui ont certains besoins soient à l’aise de faire la demande d’accommodement.

Attention également à ce que la grossophobie ne vienne pas teinter les processus! Par exemple, plusieurs employeurs demandent un papier du médecin pour prouver que l’employé.e a besoin d’accommodement. Ça pourrait être un bloquant:  Est-ce que le personnel va oser demander un accommodement? Une fois rendu à la clinique, est-ce que le personnel de la santé ne sera pas grossophobe? Va-t-on suggérer de perdre du poids? La grossophobie médicale existe, elle est très bien documentée.

Au niveau des uniformes, qu’est-ce qu’une compagnie devrait faire pour être inclusive des personnes grosses?

Édith Bernier:  Il y a plusieurs façons de rendre les uniformes plus inclusifs! Il faut faire attention aux uniformes standardisés en Petit, Moyen, ou Large seulement. Plusieurs personnes ne rentrent pas dans les catégories «standard». Ça touche autant les personnes très petites ou minces. Ce n’est pas parce que ces personnes rentrent dans une taille Petit qu’elles sont confortables dans cette taille. À la place de forcer les membres du personnel à porter l’uniforme qu’on leur donne, on peut dire aux gens de porter par exemple leur propre t-shirt noir, et de porter un identifiant dessus, quelque chose qu’on accroche avec des épingles, par exemple. Sinon, ça peut être un bandeau, une casquette, un brassard. L’important est d’être flexible et de permettre aux personnes de porter leurs propres vêtements si elles le souhaitent.  De cette façon, on s’assure que tout le monde est confortable, tout en représentant la compagnie.

Quoi penser des programmes de bien-être des compagnies? À quoi doit-on faire attention?

Édith Bernier:  Il y a beaucoup de compagnies où le bien-être est associé à la perte de poids de façon directe ou indirecte. Gardons un œil critique sur ces programmes et assurons-nous qu’il s’agisse du vrai bien-être pour tout le monde et non pas de programmes de perte de poids déguisés. 

J’ai travaillé dans des entreprises où il y avait ouvertement des groupes de perte de poids – desquels on présumait que je faisais partie, parce que j’étais la plus grosse. Les gens parlaient de perte de poids dans les couloirs, les cubicules, etc. Ces discussions-là peuvent être désagréables pour les personnes qui ne veulent pas les entendre, pas seulement pour les personnes grosses, mais pour tous les individus sensibles aux problèmes de poids, aux troubles alimentaires, etc. 

Il faut faire attention aux messages sous-jacents et le sous-texte qui vient avec ces programmes. Le bien-être, ça devrait être la même chose pour tout le monde. Il ne devrait pas y avoir une définition différente dépendamment de ta grosseur, de ton âge, de ton genre, ou de ton statut social. Tout le monde gagne à aller au gym, à manger des aliments moins transformés, à baisser son niveau de stress, etc.

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