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Du cours de français à la linguistique informatique, le parcours de Desislava Aleksandrova

Du cours de français à la linguistique informatique, le parcours de Desislava Aleksandrova

Desislava Aleksandrova

Desislava Aleksandrova, communément appelée Dessy, est originaire de Bulgarie. Arrivée au Canada en décembre 2012, elle s’est rapidement inscrite à l’Université de Montréal pour améliorer son français, ce qui l’a, contre toute attente, amenée à la programmation. Récit d’un parcours atypique.

Détentrice d’un diplôme en relations économiques internationales qu’elle a obtenu en Bulgarie, Dessy a tout au long de ses études eu des emplois pour arrondir les fins de mois. À cette époque, la situation dans la Bulgarie postcommuniste ne permet pas de se lancer facilement dans la vie active. Ce n’est pas dans son domaine de formation qu’elle fera ses premières armes. Elle tient le poste de chargée de projet Web pendant sept années, durant lesquelles elle a l’opportunité d’apprendre toutes les ficelles du métier. Ces compétences en poche, elle s’imagine trouver un emploi similaire au Canada, mais c’était sans compter sur la barrière de la langue. Dessy ne parle pas français.

«J’ai opté pour une majeure en linguistique au détriment de la littérature» – Desislava Aleksandrova

Déterminée à réussir son intégration dans ce nouveau pays, elle suit le programme de francisation du Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI). C’est d’ailleurs là qu’un professeur lui recommande de s’inscrire à l’université pour se perfectionner en français. Ce conseil n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Dessy rejoint le programme de premier cycle en linguistique et littérature en 2015. La boîte de Pandore est ouverte mais loin d’être sans embûche. En effet, le français est une langue complexe et Dessy n’en maîtrise pas encore toutes les subtilités. À ce moment-là, elle pense s’inscrire à un cours de littérature: «Les termes linguistiques syntaxe, morphologie, sémantique, etc. me disaient quelque chose, mais je croyais à tort qu’il s’agissait d’études de grammaire traditionnelle (du français). Quand j’ai appris que la linguistique était plutôt la science du langage et qu’en tant que telle, elle était descriptive (plutôt que normative) et ne se limitait pas à une seule langue, j’ai opté pour une majeure en linguistique au détriment de la littérature.»

Sans surprise, deux ans après sa première inscription à l’université, Dessy décide de poursuivre vers une maîtrise, toujours dans le même département de l’UdeM: «J’ai développé un intérêt accru pour le domaine interdisciplinaire du Traitement Automatique des Langues Naturelles (TALN) qui comporte des composantes linguistique et informatique.» Ce qui lui plait dans ce domaine en pleine effervescence? «Il est à la fois empirique et appliqué ce qui donne la chance de concevoir et de mener des expériences en appui à nos hypothèses.» C’est ainsi que la programmation est arrivée dans la vie de Dessy. Cependant, comme lors de son arrivée au Québec elle se met à douter, mais cette fois-ci, par rapport à ses propres compétences.

«On apprend mieux des erreurs que des bons coups. Il est donc nécessaire de se sentir confortable d’en faire sans se sentir inférieure ou coupable.» – Desislava Aleksandrova

Persévérante, c’est grâce à un stage qu’elle affrontera ses craintes: «Finalement, ce qui m’a permis d’enlever ce blocage initial, c’est mon stage au Centre de Recherche en Informatique de Montréal (CRIM) où je n’ai pas eu le choix que de mettre en pratique certaines des techniques vues en classe.» Grâce à cette expérience, elle sait qu’elle est capable de travailler comme chercheuse et en français. Et qui dit mise en pratique, dit aussi prise de risque! Lorsque l’on demande à Dessy quel conseil elle donnerait aux jeunes étudiantes, sa réponse est de ne pas craindre les erreurs. «En tant que filles, on est souvent encouragées d’atteindre (et de maintenir) l’excellence en évitant les erreurs. Tu ne fais pas d’erreurs si tu es sage, si tu as d’excellentes notes à l’école. Cependant, dans plusieurs disciplines (dont la programmation), on apprend mieux des erreurs que des bons coups. Il est donc nécessaire de se sentir confortable d’en faire sans se sentir inférieure ou coupable.»

La jeune femme à la soif d’apprendre inépuisable prévoit aussi de se perfectionner grâce aux mathématiques et aux statistiques: «Après autant d’années d’études, on devient bon à s’auto-éduquer et comme il ne manque pas de cours en ligne, c’est souvent tentant. Par contre, on apprend énormément de la mise en pratique et surtout de la collaboration avec d’autres gens, plus compétents.» D’ailleurs, une des prochaines étapes-clé de son parcours est le dépôt de son mémoire Détection multilingue de phrases subjectives dans Wikipédia qu’elle considère davantage comme un passage plus qu’un aboutissement.

Initiée à la recherche par hasard, il y a quatre ans, Dessy a découvert un champ d’études et de travail qu’elle ignorait complètement auparavant et dans lequel elle est épanouie aujourd’hui. Souvent conditionnées selon notre parcours et/ou nos ambitions, est-ce que l’on passerait à côté de certaines opportunités malgré nous? Car finalement, l’essentiel est de vivre avec passion. Même si cela doit passer par un cours de français.

Maïté Belmir

Maïté Belmir

Diplômée de communication en France, Maïté cumule 10 années d’expérience réalisées en agence de publicité et entreprises de commerce de détail, avant de rejoindre le monde de la culture qu'elle affectionne particulièrement. Journaliste autodidacte, elle a animé une émission pour la radio RCV en France pendant plusieurs années et réalise des chroniques culturelles pour la webradio CHOQ.ca à Montréal. Elle produit et réalise un podcast dédié à la communication et au marketing intitulé "T'as raison ma Brenda" et écrit aussi pour le web.
Maïté Belmir

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