`
 

Arrêtez de chercher à être «la fille cool en tech»

Arrêtez de chercher à être «la fille cool en tech»

Femme ordinateur

Article initialement publié en janvier 2018

Si on en croit certains sites internet spécialisés, il faudrait être une femme «cool» pour s’épanouir dans l’industrie techno. IT Business proposait six mesures pour être une femme «cool» en tech alors que Refinery29 mettait en lumière huit femmes tech «cool», pour ne nommer que ceux-là. D’une part, vous n’avez pas besoin d’avoir l’air cool pour travailler dans cette industrie et, d’une autre part, endosser cette fausse personnalité nuit à l’avancement des femmes.

On est jeune, on grandit, on regarde celles et ceux autour de nous et on s’en inspire pour se forger une identité. Celles et ceux qui ont des soeurs et frères savent très bien de quoi je parle. J’ai une grande soeur et elle détestait que je me coiffe comme elle. Dans un cadre professionnel, lorsqu’on évolue avec une majorités d’hommes, on finit souvent par les prendre comme modèles et on veut devenir «comme eux». Pas le choix, ils sont souvent les seuls personnes auxquelles s’identifier!

Dans un article de Code Like A Girl, l’auteure Sarah Stockdale, a raconté son expérience. «Au début de ma vingtaine, j’ai essayé le truc de la « fille cool qui travaille en tech », a-t-elle écrit. Lorsque vous êtes au début de votre carrière et que vous êtes l’une des seules femmes dans une startup, il est facile de tomber dans ce piège.»

Mme Stockdale a mentionné ne pas avoir besoin du féminisme parce qu’elle travaillait fort, riait de blagues inappropriées sur l’application Slack et pensait n’avoir jamais expérimenté de discrimination au travail.

C’était évidemment faux.

La seule solution que l’auteure a trouvée, et bien d’autres femmes également, c’est d’utiliser une stratégie d’adaptation: si on ne se sent pas capable d’être soi-même, alors on se trouve une nouvelle identité. On devient «one of the boys». On adopte l’attitude de la «fille cool qui travaille en tech», comme l’a souligné Sarah Stockdale.

En voulant appartenir à la «cool girl», on prend de la distance des «autres» filles. «Nous, on est pas comme elles, on est mieux.» Là, entre en jeu le jugement envers les autres femmes. C’est de la misogynie intégrée. «C’est vrai que Julie est émotive, comme le sont les femmes en général!» Cette attitude éloigne la personne qui l’exerce des autres femmes et donc des avantages qu’elle pourrait avoir. Pourtant, il y a tellement de positif à s’entraider entre femmes!

Dans un article du New York Times, l’auteure Elissa Shevinsky raconte que «pendant des années, tout ce qu'[elle] voulait, c’était travailler, coder et créer des logiciels. «C’est pourquoi je me fichais du féminisme, écrit-elle. Je voulais juste construire des choses.» Elle voulait être «l’un des bros», jeter du whisky et côtoyer des diplômés du M.I.T. et si cela signifiait parfois rire jaune alors que ses collègues faisaient des blagues sur de la porno.

On entre dans une industrie, on est passionnée, on veut apprendre, grandir, construire des trucs et être prise au sérieux par ses pairs. Ses pairs justement, ce sont ce qu’on appelle souvent des «brogrammers». Comment faire pour être prises au sérieux? On se coule dans le moule. Mais comment savoir quand c’est ok de rire d’une blague salace et quand il est temps de mettre son poing sur la table?

Dans la culture startup, on travaille de très longues heures d’affilée. On passe souvent plus de temps avec ses collègues qu’avec son conjoint. Les collègues deviennent une sorte de tribu. Et n’oublions pas qu’on parle d’un groupe réduit de personnes. Si tu lèves la main pour dire que tu n’es pas d’accord avec les autres, tu deviens «cette fille». Tu es ostracisée, mise de côté et tu finiras forcément par partir parce que qui veut s’infliger une vie pareille? Pour rappel, c’est ce qui ressortait d’une étude menée sur les raisons pour lesquelles les femmes quittent l’industrie. Les deux principales raisons de leur départ étaient la découverte d’une meilleure opportunité (33%) et l’existence d’un environnement de travail injuste (32%).

Vous vous demandez comment changer les choses? Si vous voyez une femme qui a cette attitude de «fille cool», mentorez-la, officiellement ou pas. Aidez-la dans sa carrière et dans ses prises de décision. Donnez-lui le pouvoir d’accomplir ce qu’elle souhaite. Si vous êtes chef d’entreprise, formez des équipes de travail diversifiées et essayez autant que possible d’avoir la parité. Comme le dit Caitlin Moran, une journaliste Britannique, «je ne peux pas être ce que je ne vois pas». Nous avons tous besoin de modèles.

Avatar

Chloé Freslon

Chloé est une femme avec une mission, celle de faire de Montréal la ville à startups qui a trouvé des solutions concrètes pour combler l’écart de genres dans l’industrie de la technologie. Vous l’avez probablement vue sur des panels, lu son blog URelles, écouté le podcast URelles qu’elle produit, signé le Manifeste des femmes en technologie qu’elle a co-fondé ou entendu à Moteur de Recherche à ICI Première Radio-Canada. Elle est la fondatrice d’URelles.
Avatar

Poster un commentaire